Marine Guerbet

L’humanité en quête de sagesse chez saint Thomas d’Aquin:

le rôle de la découverte du Dieu créateur et ses sources augustiniennes et aristotéliciennes

« (La sagesse) est pour les hommes un trésor inépuisable, ceux qui l’acquièrent s’attirent l’amitié de Dieu » (Sg 7, 14)

Pour Platon et Aristote, pour Augustin et Thomas, cela ne fait pas de doute : la recherche de la sagesse est ce qu’il y a de plus noble en l’homme, elle donne la clé du vrai bonheur et donne une proximité avec le divin.

Or dans la quête humaine de la sagesse, la découverte de Dieu créateur tient un rôle de sommet et de fondation; et la façon dont les philosophes ou les théologiens décrivent comment on atteint la vérité de la création est indissociable de leur anthropologie, métaphysique et éthique particulière.

Nous voudrions examiner ici la description que Thomas fait de la mise en lumière progressive de la vérité de la création par les sages et ses enjeux philosophiques et théologiques (SCG I, 1 ; QDP q. 3 a. 6, etc). L’axe de cette brève étude sera une comparaison avec Augustin (Confessions VII, CD VIII, etc) et sa propre conception de la découverte du Dieu créateur dans son itinéraire personnel et sa description de l’histoire de la pensée. Thomas s’y révèle profondément augustinien: le sens de la vie humaine est dans la recherche aimante de la Vérité qui rend heureux, Dieu ultimement; aboutir à la vérité sur le statut ontologique de Dieu et de la création est fondamental pour comprendre le monde et l’action de Dieu en lui, et pour mener une vie droite, d’un point de vue naturel ou surnaturel. Cette quête suppose un progrès de l’esprit qui part des créatures et s’élève jusqu’au créateur; les deux docteurs décrivent cette recherche comme liée au statut historique de l’existence humaine, existence de progrès, et concrètement marquée par le péché et la rédemption; la question de la purification du sensible par exemple occupe une place importante.

La différence-clé se situe dans la place de la connaissance sensible, et donc leur conception respective du monde corporel et du corps humain. De façon significative, Augustin loue les platoniciens tandis que Thomas, quoique fortement imprégné de néoplatonisme, accorde une place capitale à Aristote lui-même. Entre Augustin et Thomas, l’assimilation des libri naturales d’Aristote, avec ses commentateurs arabes, a permis d’approfondir le sens da la consistance de la nature et de la place du corps et du sensible, même si l’orientation de fond et les idées maîtresses restent les mêmes: l’homme est fait pour jouir de la vérité, et avant tout la vérité sur Dieu, qui donne sens à sa vie personnelle et communautaire.